By Ingeniweb. A Django site.
Juin 6, 2008
Pierre-Julien Grizel
Pierre-Julien Grizel
Cogito Ergonome Sum is about »
» Un message très utile

J’ai une passion pour les jeux désuets. L’autre jour, j’installe dans mon Mac le premier des deux CDs qui m’ont été livrés avec un de ces jeux désuets.

Le programme s’installe, tout va bien, je n’éjecte pas le disque et décide de tester immédiatement la chose. Je double-clique sur l’icône, et là, j’ai le message d’erreur suivant :

La fameuse boîte de dialogue

Oui, ça semble anodin comme ça, mais le concepteur de la boîte a pensé que l’utilisateur pouvait avoir le disque 1 dans le lecteur. Le concepteur a pensé que l’utilisateur, en voyant un message “veuillez insérer le disque gna gna gna” aurait pu se dire l’espace d’une fraction de seconde “mais… pourtant j’ai le disque dans le lecteur, que se passe-t-il ?”. Et il l’a anticipé, par cette petite remarque “You currently have Disk 1…”.

J’adore.

L’ergonomie, c’est ça. Sobre, précis, efficace. La classe.

Mai 21, 2008
Pierre-Julien Grizel
Pierre-Julien Grizel
Cogito Ergonome Sum is about »
» Trouver le nom d’un projet

Un article qui change un peu de l’ordinaire. Je présente ici ma méthode à moi pour trouver le nom d’un projet (je prendrai l’exemple d’un site web, mais ce processus peut s’appliquer à beaucoup d’autres choses !). Nommer une chose permet de se l’approprier, d’une certaine façon.

Je ne prétends pas détenir la science infuse sur ce sujet, loin de là. Mais c’est une démarche construite, qui vaut ce qu’elle vaut, et peut servir de base ou d’inspiration pour vos propres projets.

Donc. En préalable, il faut organiser une réunion avec les acteurs impliqués dans la trouvaille du nom. La séance dure grand maximum une heure. Entre 5 et 8 personnes, c’est parfait.

Ça se passe en trois parties : d’abord, trouver les idées générales qui doivent s’appliquer au nom. Ensuite, trouver des noms, et enfin voter. Voici comment se passe chacune des étapes…

1/ Les idées générales

Il faut, en premier lieu, demander à chaque participant de noter sur un bulletin trois grandes impressions que doit dégager le nom du site, ce que doit évoquer le nom du site.

Ça peut être trois mots ou groupes de mots, simples, et le moins “vagues” possible. Ça peut être des termes de “valeur” ou des termes liés au métier ou à la nature de l’intranet. La question à se poser est : “le nom doit être…” ou “le nom doit évoquer…” et les réponses possibles peuvent être, par exemple, “fun“, “drôle“, “sérieux“, “court“, “une consonnance asiatique“, “un jeu de mots“, “original“, mais aussi des termes directement liés au métier, à la destination première du site (exemple : un site de gestion documentaire peut évoquer… “la gestion documentaire” ; c’est pas interdit…).

Pour que ça marche, il ne faut pas donner d’exemple (comme je viens de le faire ;)) : sinon les participants vont s’orienter dans le même type d’idées que celles proposées par l’organisateur.

Par contre, on peut donner des contre-exemples, le cas de mots qui ne marcheront pas : ce sont les mots trop vagues pour être exploités et à double tranchant. On peut par exemple expliquer que si quelqu’un écrit “sérieux”, le revers de la médaille est immédiatement “ennuyeux” (et ça se finit en général avec le nom d’une divinité ou d’une lettre de l’alphabet grec)

Chacun écrit, donc, ses 3 mots sur un bulletin secret et le communique à l’organisateur. Il aligne les mots sur un tableau et peut en général les regrouper (souvent il y en a deux ou trois qui écrivent “sérieux” par exemple). Il faut ensuite les garder sous les yeux pour la deuxième partie.

Certaines des valeurs peuvent se contredire : ça n’est pas grave, il y a peu de chances qu’un nom respecte TOUTES les valeurs - mais on va s’attacher à faire en sorte qu’il en respecte le plus possible.

2/ Trouver des noms

C’est le nerf de la guerre. Là, par contre, pas de papier : chacun peut dire, oralement, tous les noms qui lui passent par la tête. L’organisateur les inscrit au fur et à mesure où ils sont donnés par les participants.

Contrairement à la phase précédente, l’organisateur peut très bien donner des exemples. Voici plusieurs pistes (il y en a beaucoup, beaucoup d’autres) pour former des noms, sachant que plusieurs pistes peuvent se combiner :

  • Former un mot-valise d’après des termes métier ou des valeurs (exemples : “Intranous” pour “Notre intranet à nous, ou même “Evene” pour un site web dédié aux événements… c’est un mot trousse-de-voyage). C’est très facile à décliner. À noter par exemple l’utilisation du radoteur de Roland Moreno.
  • Trouver un anglicisme (c’est indémodable, mais à titre personnel je ne recommande pas). Par exemple : “Quick Builder” - certains termes comme “quick” sont parfois plus séduisants en Anglais qu’en Français.
  • S’inspirer de noms d’animaux, d’objets, etc et les déformer pour les rapprocher de termes proches des mots listés à la première étape. “Les Beatles” ont trouvé leur nom avec ce principe. Il y a beaucoup d’exemples formés sur la base d’acronymes liés au métier. Par exemple, un site basé sur un projet qui s’appelait “P.A.R” a donné le nom “GuéPAR”.
  • Pour un “site” internet ou intranet, l’idée de lieu peut être reprise. Que ce soit un lieu abstrait (et donc en général précédé d’un article) comme “Le Pont”, “La Place”, “L’Avenue”, “La Forêt” ou un nom propre de lieu (une ville, un fleuve, …). Par exemple “Genova” peut être un nom intéressant.
  • Diphtonguer un nom commun. Par exemple, “Oser” devient “Oseo”, Excellent devient “Excelleo” (ou étude devient “Etudeo”….). C’est à la mode depuis quelques années mais comme toute chose à la mode ça peut être très, très lassant.
  • Latiniser un nom. Là encore, c’est à la mode (Vinci…), mais ça peut être efficace. Solution facile : rajouter “(i)um” ou “eos” (pour grecquifier) à la fin d’un mot. Mailium, Estudium, Intraneos, etc. 
  • Utiliser un nom de personnage célèbre. On peut utiliser à peu près n’importe quel nom à part Leonard de Vinci (Vinci, encore…) qui du point de vue du nommage présente autant d’originalité qu’une lettre grecque. Éviter d’utiliser des noms d’hommes politiques illustres ça fait porte-avion… Mais utiliser “Euclide”, “Pythagore” (pas très original), “Turing”, “Pasteur” (pour un intranet médical), Hugo pour un site sur la poésie, etc. Il vaut mieux privilégier quelqu’un de décédé, ça présente nettement moins de risque juridique. Se méfier des noms déposés, c’est notamment le cas pour certains artistes contemporains (un exemple connu ici).
  • Utiliser un prénom féminin. Énormément utilisé surtout quand ledit nom féminin commence par une voyelle (voici un exemple avec Elise). Utilisé énormément dans l’administration publique, mais avec des fautes (une constante). Vous ne me croyez pas ? Cliquez ici…
  • Faire des fautes à des mots. Voir l’exemple ci-dessus. Là encore, allez savoir pourquoi, ce procédé est majoritairement utilisé dans le cadre d’administrations publiques.
  • Faire un jeu de mot. Exemple : “Le web de Zéro“, site web de Karl Zéro et jeu de mot (idiot, mais c’est un pléonasme) sur le patronyme d’icelui et la “technologie” utilisée pour le réaliser.

Il y en a bien d’autres, et l’on peut associer plusieurs combinaisons entre elles. Par exemple, quelque chose à oser : latiniser un nom anglicisé. Si, si, ça existe. C’est le moment de se lâcher et de faire original !

3/ Voter

Cette phase a d’autant plus d’intérêt que le nombre de participants est nombreux. Il n’est pas nécessaire de faire un tri des noms trouvés à l’étape 2, tout comme il peut être intéressant de joindre au groupe d’autres participants, qui prendront part au vote sans avoir cherché les noms.

Le vote a lieu, évidemment, à bulletin secret.

Seul problème : en général, ça n’est pas le nom qui obtient le plus de suffrages qui s’avère le plus intéressant. L’astuce consiste à utiliser un vote selon la méthode de Condorcet ou une autre méthode de vote alternative.

Personnellement, je propose souvent à chaque personne d’écrire les 3 noms préférés et les 3 noms les moins appréciés. Chacun des trois noms de la liste “positive” reçoit un point, chacun des trois noms de la liste “négative” se voit ôter un point. Ainsi, on élimine les noms qui provoquent un hérissement de poil manifeste dans l’assistance. Le vainqueur est le nom qui obtient le plus de point : facile !

Et vous ? Comment feriez-vous pour trouver le nom d’un projet ?